Après l'épisode du Piton de l'eau, nous nous étions portés volontaires pour participer, en tant que bénévoles au grand raid.
Petite explication. Le grand raid, appelé dans le jargon "la diagonale des fous", est un trail, organisé depuis 1989 à la Réunion, qui consiste à traverser l'île d'un bout à l'autre. Ceux qui connaissent un peu les cirques ici peuvent imaginer la difficulté de l'épreuve. Pour les autres dites vous; 23h de course pour le premier, 67h pour le dernier; 2500 coureurs au départ, 1312 à l'arrivée; 163 km de sentiers pour 9643 m de dénivelé positif...
Pour gérer tout ça, l'organisation fait appel à plus de 1000 bénévoles, pour qui le grand raid n'est pas plus facile que pour les coureurs.
Nous avons contacté Richard, le responsable du poste de Roche plate, l'un des îlet de Mafate par lequel passe le grand raid.
L'histoire proprement dite commence ce matin du 20 octobre 2010, il est 6h30 et Richard passe nous chercher. Pour l'instant, nous en savons a peu près autant que vous sur ce qu'il nous attend.
Nous filons en direction du Port, après avoir récupéré Micka (présent au piton de l'eau). Nous nous retrouvons rapidement à la prison du Port, lieu insolite où est installée la plateforme logistique de la course. Notre première épreuve consistera à remplir les big bags pour chaque point de ravitaillement. Big bags qui seront héliportés jusqu'aux dits points. Pour nous aider, une dizaine d'heureux bagnards locaux, suffisamment heureux de sortir pour être emplis de bonnes volontés et suffisamment locaux pour ne pas être pressés de finir le boulot. Après deux heures de manutention en plein soleil, c'est la fin de la première épreuve pour nous et nous pouvons passer à la deuxième. Richard nous emmène dans une ravine où nous attend un 4x4. Je suis comme un gosse pendant la demi heure de route, sur un sentier caillouteux entrecoupé d'une rivière que l'on traversera une dizaine de fois avec force de gros splatchs. Arrivés à "deux bras" charmant petit parking au milieu de rien, on enfile le sac a dos de 10kg et c'est parti pour 5h de rando. Je dis 5h de rando, ça on le sait pas encore. Le chemin le plus court passe par le Maïdo et oblige à descendre 2h dans Mafate. Mais comme c'est trop simple, et surtout qu'un incendie géant ravage la Maïdo, on prend un itinéraire bis. On remonte donc gentiment la rivière des galets sur 4 km. Rien de difficile pour l'instant, petit dénivellé, passage à guet, des cailloux partout et un soleil de plomb. On s'arrête manger à l'ombre et vu le boulot déjà abattu, on s'empiffre généreusement. 20min plus tard, le signal du départ est donné et à peine 10 m plus loin on s’arrête au pied d'un rempart. Un sentier composé de marches remonte méchament jusqu'au sommet. Bonne surprise c'est notre route. C'est l'un des moments les plus difficiles du week end. Nos guides sont d'excellents randonneurs et les sandwichs jambon/fromage/achard se battent dans mon estomac. A chaque virage, j’espère voir apparaître le bout du sentier. L'effort fourni pour lever la jambe au dessus de tous ces rondins de bois nous fait transpirer à grosses gouttes. Petite compensation, plus on monte plus le paysage se dévoile et chaque point de vue nous offre un spectacle majestueux. Après 2h de ce véritable calvaire, on s'octroie une pause dans l'ilet aux orangers. Bob commence alors son One Bob Show. Quelque peu à la traine, il ne nous suit pas dans l'ilet et se retrouve seul au milieu des autochtones. Son créole étant incertain, il éprouve quelques difficultés à trouver de l'eau puis son chemin. Il nous rejoins finalement et nous sifflons une Dodo avant de repartir pour... 1h de montée.
Nous arrivons exténués à "la brèche", un passage de col qui aura au moins le mérite de nous offrir une vue splendide, sinon l'assurance de ne plus avoir à grimper avant d'arriver à Roche plate. La descente se fera le plus calmement possible, sur un sentier entouré d'arbres d'un autre temps et de fougères géantes.
Arrivés enfin à Roche Plate, notre destination, on s'installe dans la maison de l'ONF, on prend le temps de savourer la quiétude des lieux, on se lave au jet d'eau froide et Bob décrète qu'il est temps de boire l'apéro en attendant Julien, le directeur de l'école.
Je reviens rapidement sur la quiétude des lieux. Je pourrais écrire des dizaines de pages sur ce que l'on ressent dans Mafate, sortir les mots les plus expressifs du dico, étonner Molière par la richesse de mes écrits, ce ne serait qu'une vague illusion de ce qu'il en est réellement. Je souhaite à chacun d'entre vous de vous asseoir un jour dans ce cirque et de ressentir cette ambiance venue d'une autre dimension.
Revenons à notre soirée d'arrivée, on fait la connaissance de Julien, directeur - instituteur de l'école primaire de Roche Plate, l'homme qui aurait de quoi révolutionner le système éducatif poussiéreux que des milliers d'instits s’efforcent de suivre, puis de son acolyte Bertrand, celui qui cuisine comme d'autres peignent des tableaux et qui m'aura donné de précieux conseils culinaires pendant mon séjour. Deux personnages atypiques avec qui le courant passe très bien, et qui déclareront rapidement Bob ministre de l'apéro.
Les autres bénévoles du poste arrivent au compte goutte dans l'après midi et nous leur réservons un accueil chaleureux jusqu'à... l'apéro. L'ambiance est festive, on prend notre premier cours de cuisine "Rougail boucané", la dodo coule à flot...
Pendant ce temps là à St Phillipe, le départ de la course est donné. Le premier concurent ne devrait pas arriver avant le lendemain midi chez nous, donc décontraction. La matinée est donc reservée aux finitions de préparation de la place, un brin de rangement et l'attente de ce fameux premier concurent, qui lancera le début de la quatrième épreuve pour nous.
C'est à 13h15 que les hostilités commencent, avec l'apparition de Kilian Jornet, un monstre de 23 ans qui arrive frais comme un gardon, souriant, disponible et qui repart comme s'il allait boire une mousse au bistrot du coin. Le deuxième débarque bien après, puis le troisième, le quatrième... et c'est parti!
Pendant 24h la cour de l'école de Roche Plate ne désemplira jamais de ces hommes et femmes qui se sont lancés dans l'aventure. Tantôt heureux, tantôt déprimés; tantôt vifs, tantôt hagards; chacun ici pour récupérer un peu de courage et d'espoir dans un gobelet de soupe, dans un carré de chocolat, dans le sourire d'un bénévole...
Ils sont entrés dans Mafate en sachant qu'ils ne pourraient pas en ressortir d'une autre manière que le parcours du grand raid. Contrairement au poste de Cilaos (l'étape précédant l’ascension vers Mafate, d'où les raideurs peuvent abandonner et repartir en voiture) aucun n'a déserté ici.
Pour nous (Bob et moi-même) la majeure partie du temps, nous nous concentrons sur le stand bouffe. Faire chauffer toujours plus d'eau pour la soupe, le thé et le café. Découper des fruits, du chocolat. Tartiner du pâté... et surtout réconforter chaque compétiteur. A grand renfort de café lyophilisé, de clopes, de tours aux toilettes et d'une ambiance festive assurée par la difusion continue de musiques entrainantes nous avons tenu vaillament jusqu'a 3h30. Heure officielle de notre cinquième épreuve.
La cinquième épreuve consiste à grimper le kilomètre et demi qui nous sépare de "la brèche" pour signaler aux concurents qu'ici il y a un précipice vertigineux et une main courante à ne pas lacher.
Nous nous armons de notre équipement de rando, d'une frontale et de quoi faire un apéro correct. (On a vidé la dernière Dodo en début d’après midi et il commence à faire soif) Bob en bon ministre de l'apéro nous a sauvegardé un fond de Charrette et de 51 pour ne pas flancher une fois à notre poste.
La relève arrive à 6h, je descends en courant jusqu'au poste, me rince au jet glacé et finalement m'écroule dans un coin pour me reposer. Bob redescend plus calmement et finit l'apéro avec quelques spectateurs postés sur le chemin.
Je me réveille à 10h, la tête bourdonnante, et me dirige nonchalamment vers le ravitaillement. Partout des coureurs sont allongés, certains dans des couvertures de survie, d'autres à même la poussière, tous sont anéantis. Je me sers un énième café dégueulasse et reprends du service au stand boissons. Bob continue son One Bob Show et amuse le poste en proposant ses sandwichs pâtés à la manière d'une marchande de poissons.
Le manège dure une demi heure avant de me porter volontaire pour la cinquième épreuve bis. En effet il faut deux courageux pour retourner à la brèche, refaire la signalisation. Micka m'accompagne et c'est au pas de course qu'on grimpe. Nouvel ébahissement devant le panorama. Le poste fermant à 14h, ce sont les derniers raideurs qui se présentent à nous. Toute la douleur et la fatigue du monde marquées au scalpel sur leurs visages. Finalement les serres-files apparaissent et c'est l'heure pour nous de redescendre, toujours au pas de course (9 minutes!)
Au poste tout le monde est affairé a ranger. Les poubelles sont triées, les tentes pliées, la zone ordonnée et la cuisine pour le rougail de soir lancée. Énième cours de cuisine au passage pour nous puis apéro et repas tous ensemble dans la plus pure tradition créole (sans couverts dans une feuille de bananier).
Le lendemain on attend que les hélicos viennent chercher les big bags. Les marcheurs les moins rapides descendent de bonne heure au fur et à mesure. L'objectif étant d'arriver à "deux bras" tous ensemble.
C'est notre sixième et dernière épreuve. Pour ma part, le chemin se fera au pas de course accompagné d'un ancien raideur. Ce sont d'autres muscles qui travaillent pour descendre les milliers de marches qui m'avaient cassé à l'aller. Je ressens aujourd'hui des douleurs que je ne connaissais même pas. D'agréables poses baignade dans les torrents glacés aux eaux limpides agrémenteront l'épreuve. Des séances de massages dans les remous et de relaxation dans les cascades délasseront les membres endoloris.
Arrivés à "deux bras" un pick up fera office de taxi brousse et le voyage dans la benne en mode malgache aura raison de nos dernières forces.
De retour à la case... apéro-dodo!
9 commentaires:
Apero forever et plus jamais de café soluble et mafat c'est vraiment trop beau !!!!!
A dimanche philip
J-5
Comment y lé La Réunion ?
Bravo !
Joli compte rendu de votre séjour à Roche-Plate et du Grand-Raid.A vous lire et à voir les photos j'ai vraiment la sensation d'avoir été avec vous à Mafate ... sauf pour l'apéro préparé par M.Le Ministre
Mi di a zot',a talèr,a dimanche
super ballade, à ce rythme c'est pas les pattes qui ne vont pas tenir mais le foie, hi hi
Félicitations au scribe à la jolie prose.
Gardez nous quels que sentiers car à la vitesse ou vous crapahutez vous allez tous les usés.
Gros bisous à bientôt.
tinquiet pas papa il y a vraiment trop de terrains de jeux pour les randos donc pas prêt d'en voir le bout
Bravo les gars
magnifique photos et ballades.
je crois que je vais reprendre l'entrainement (pas pour l'apéro ça on est déjà prêt)
on vous envois Philippe en avant première ne l'usez pas trop il est vieux maintenant!!!
a dans 15 jours
bisoussssssssssss
Bravo les gars...pour votre participation à cette aventure, votre courage à l'effort et votre dévouement à ne pas redescendre les bouteilles....VIDES!!!!!
Vous nous avez fait vivre un bon moment, et nous vous sentons prêts à être parmi les raideurs l'année prochaine. Gros bisous. Continuez votre belle aventure....
Maël, Thierry et Mamoune Chantal
Quelle aventure !!!
C'est vraiment sympa de vous suivre via le blog, on s'y croirait...
Bravo à vous deux
Bizzz
Coucou Yoyo
Mais quel merveilleux plaisir de lire les "fabuleuses histoires de YoyoBob à la Réunion"! Pourquoi nous avoir caché tous ces talents ?
Nous sommes là, avec toi, à chaque pas, à chaque marche, nous ressentons tous ces muscles qui travaillent, toutes ces gouttes de sueur qui dégoulinent sur ce torse... Hein ? Je m'égare ? Bon d'accord, sous ce chapeau !
Bravo et merci de nous faire partager tes aventures, sache qu'elles sont attendues avec impatience à Ingré
Bonne continuation et bisou au commissaire !
MARIE ERIC FELIX NOE
j'ai piqué un billet à un des 3 chanceux qui vont vous rejoindre d'ici quelques jours, reste à savoir lequel... A défaut de pouvoir crapahuter, yo a besoin d'une directrice de cabinet dans son ministère, et la reine de la binouze c'est qui?????
Des gros bisous et encore merci au rédac' en chef qui gère comme un pro! Molière n'a qu'à bien se tenir ;)
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